L'alcool et les mineurs
Interdire ou éduquer en famille ?
 

Propriétaire de la Cidrerie du Minot à Hemmingford, Robert Demoy est vice-président du conseil d'administration d'Éduc'alcool et représentant de l'ensemble de l'industrie du cidre au conseil. Il est lui aussi chaud partisan d'une approche éducative plutôt que restrictive :

« L'histoire démontre que chaque fois qu'on a voulu criminaliser l'alcool, on n'a rien réglé à long terme, dit-il. L'approche éducative est de loin un travail plus ardu pour nous tous, mais elle donne de meilleurs résultats. »

Les producteurs eux-mêmes ont une approche différente de ce qui se faisait jadis en matière de prévention et d'éducation. Ainsi, presque tous les producteurs locaux au Québec ont leur centre d'interprétation ; de plus, ils organisent des visites guidées sur les méthodes de récolte et de production : « Ce sont en général des familles avec de jeunes enfants qui nous rendent visite. Les plus vieux viennent pour déguster et les plus jeunes pour comprendre comment une pomme ou un raisin peuvent se transformer en alcool par des processus naturels. Je trouve d'ailleurs essentiel d'intégrer les enfants dès le plus jeune âge à la compréhension de l'alcool en tant que boisson sociale. Pendant des années, on en a fait des interdits, des sujets tabous. Un mineur ne devrait pas être impressionné par l'alcool. »

Robert Demoy pose d'ailleurs une question délicate : « Est-il normal d'interdire l'alcool aux mineurs dans les lieux publics s'ils sont accompagnés de leurs parents ? Cet interdit n'entraîne-t-il pas les abus que font les jeunes à 18 ans pour vérifier qu'ils sont adultes ? Pourquoi les jeunes sont-ils la cible la plus difficile à rejoindre lorsque l'on parle de modération ? Je ne voudrais pas avancer des réponses à moi seul, mais j'aimerais que, de temps en temps, on se les pose en tant que société. »

En France, en Italie et ailleurs, les enfants sont initiés à l'alcool par leurs parents.

« C'est un premier verre coupé d'eau un dimanche de fête. Plus tard, ce sera quelques gorgées de cidre ou de bière... Je vous parle du sens du plaisir et des bonnes choses, qui n'a rien à voir avec le nombre de degrés d'alcool. Est-ce une question de culture, d'habitude ou d'éducation ? Chose certaine, en France, on voit moins de problèmes d'alcoolisme dans les régions vinicoles que dans les autres. Même chose au Canada : le Québec est la province la plus libérale en matière d'alcool ; c'est aussi celle qui a le moins de problèmes de comportement. Il me semble que nous avons là un élément de réponse sur les vertus de l'éducation par rapport aux interdits. »

Parmi les raisons qui poussent l'industrie à endosser les travaux d'Éduc'alcool avec autant de détermination, Robert Demoy en voit une, entre autres, très simple :

« Aucun des membres de notre industrie n'a intérêt à ce que l'alcool devienne une plaie pour la société. C'est peut-être le seul domaine dans lequel nos plus gros clients sont nos pires adversaires... »

Sans être surpris, Robert Demoy se dit impressionné par la solidarité qui unit l'industrie des boissons alcoolisées autour des programmes d'Éduc'alcool : « Les programmes actuels ont fait leurs preuves et sont intéressants. Au cours de chaque réunion du conseil d'administration, les membres apportent des éléments en vue de renouveler le débat. Mais, dans certains cas, je me demande si un jour nous pourrons trouver des solutions. Il y a encore des clientèles cibles que nous ne parvenons pas à rejoindre efficacement. Ces petits groupes grugent le gros de nos efforts, alors que dans l'ensemble, la société québécoise a retrouvé le sens du plaisir face à l'alcool. »

 

Depuis ses débuts il y a une
dizaine d'années, Éduc'alcool consacre
une grande partie de ses efforts
à se rapprocher des jeunes, à
démystifier l'alcool et en
faire comprendre les bienfaits
et les conséquences. Pour
y parvenir, les campagnes de
renforcement positif restent
les plus efficaces.

 

 

  Robert Demoy a récemment fait
venir de sa famille en Normandie
une vieille presse qui servait à la
fabrication du cidre au siècle
dernier. Elle trône aujourd'hui
dans une salle aménagée
en centre d'interprétation, et nous
rappelle que les principes de
fabrication du cidre n'ont
guère changé au fil des siècles.

 

Pourquoi les jeunes boivent-ils
autant au Québec entre 15 et 19 ans,
se demande Robert Demoy : « Est-ce
une question d'interdit et de tabou ?
Chose certaine, en France,
on voit moins de problèmes
d'alcoolisme dans les régions
vinicoles que dans les régions
non productrices. »