La soif de savoir... pour mieux connaître l'alcool et soi-même
Président du conseil d'administration d'Éduc'alcool, Jean-Guy Dubuc est parfois appelé à définir la notion de modération. Trop souvent, dit-il, on lui demande de donner une réponse miracle, du style tant de consommations par jour, tant de jours par semaine. Seulement voilà, la réalité est plus nuancée : l'alcool n'est pas un produit comme un autre.
« Boire deux ou trois verres dans certaines circonstances, dit-il, c'est peut-être très agréable, mais en boire six, ce n'est pas deux fois meilleur. De la même façon, on comprendra aisément que ce qui est bon pour une personne ne l'est pas nécessairement pour une autre, tout comme on sait qu'il y a une différence de taille entre boire à jeun le matin ou le soir au cours d'un repas. Autrement dit, la modération, c'est connaître l'alcool et se connaître soi-même. C'est rechercher le plaisir plutôt que l'effet. Et dans ce contexte, je pense qu'Éduc'alcool, depuis dix ans, a contribué à renforcer nos valeurs et à améliorer notre sens des responsabilités. »
Jean-Guy Dubuc,
Président du conseil d'administration d'Éduc'alcool.
De tels propos nous amènent à la notion d'un certain art de vivre, qui dépasse les considérations habituelles sur la morale, le sens de la modération ou du plaisir.
« Autrefois, il y avait des lois, des coutumes, des traditions, des références pour nous guider. Aujourd'hui, on est seul devant nos valeurs. Si Éduc'alcool peut amener les gens à s'interroger, ne serait-ce que partiellement, sur ce qu'ils veulent faire de leur vie, comment ils veulent la gérer et dans quelle société ils veulent voir grandir leurs enfants, alors nous aurons réussi quelque chose d'assez remarquable. Parce que finalement, Éduc'alcool, c'est une école de responsabilisation.
« Mais ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, de poursuivre M. Dubuc. Je ne voudrais pas qu'on laisse croire qu'une organisation comme Éduc'alcool peut changer les choses à elle seule et amener les gens là où ils ne veulent pas aller. De toutes les réalisations d'Éduc'alcool, celles qui nous inspirent le plus de fierté sont les partenariats, que nous avons réussi à bâtir année après année. Je pense aux ententes avec le Collège des médecins du Québec, le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires, les écoles de conduite, la Corporation des concessionnaires d'automobiles, les Associations touristiques régionales, la Société de sauvetage et tellement d'autres. »
« C'est ainsi que le jour où quelqu'un se pose une question ou fait face à un défi imprévu face à l'alcool et ses conséquences, nous pouvons apporter des éléments de solution. Améliorer la communication, réfléchir ensemble sur la responsabilisation, s'éloigner de la culpabilité pour se rapprocher de la maîtrise du plaisir... Avouez que les enjeux sont de taille, qui se rapprochent plus du domaine culturel et social que du respect des lois et de la peur de perdre son permis...»
« Éduc'alcool, c'est une école de responsabilisation »
Comme bon nombre de Québécois de sa génération, Jean-Guy Dubuc estime que le déclic s'est fait l'année de l'Expo, celle dont on parle encore 32 ans plus tard : « Rappelez-vous ! On buvait dans des tavernes qui favorisaient les excès, puisqu'il s'agissait d'endroits clos dont on ne pouvait même pas de l'intérieur voir la rue. L'Expo et les gens venus de partout nous ont fait voir d'autres valeurs de sensualité qui nous ont incités à boire pour le plaisir plutôt que pour se soûler. »
La culture de l'ivresse a heureusement beaucoup régressé. Cela montre tout le chemin parcouru par le Québec en quelques décennies. Le Québécois est aujourd'hui considéré comme un consommateur modéré, dont le comportement se rapproche de celui des pays européens.
Cette ouverture sur le monde nous a frayé des pistes insoupçonnées : « Nous avons aujourd'hui au Québec une quantité remarquable de vins en provenance de nombreux pays. Allez en France ou en Italie, vous trouverez plus de produits régionaux et moins de choix mondiaux qu'ici. À mon avis, cela a certainement un impact sur notre façon de comprendre le monde et de nous y intéresser. En ce sens, boire un verre de vin, en plus du plaisir qu'on y prend, est aussi une expérience culturelle. Et je constate que cette « soif de savoir » s'est étendue au marché de la bière. Il existe maintenant des dizaines de sortes de bières qu'on déguste et qu'on apprécie pour leurs qualités propres, pas pour le degré d'alcool qu'elles contiennent. C'est dire à quel point, de buveurs de party, nous sommes devenus des dégustateurs amateurs de qualité. »
Et Jean-Guy Dubuc de citer Thomas d'Aquin : « Il n'y a rien dans la tête qui n'ait passé par les sens. »