Éduc’alcool est généralement en accord avec les grandes lignes du « plan d’action contre l’alcool » de l’Organisation mondiale de la Santé, dans la mesure où les aspects qui suivent sont pris en considération. L’alcool ne devrait pas être traité comme un produit contre lequel il faut agir et c’est pourquoi les amendements suivants nous apparaissent essentiels.

  1. Il est essentiel de distinguer les produits à risque, tel l’alcool, des produits nocifs, tel le tabac. Ce qui s’applique au tabac ne peut pas être transposé pour l’alcool. L’alcool doit être traité comme un produit à risque et c’est à sa consommation nocive, qui dépend de la fréquence et de la quantité, qu’il faut s’attaquer collectivement. Il ne faut ni le banaliser, ni le diaboliser.
  2. Le titre de la version française du plan d’action est inadéquat. La stratégie mondiale vise à réduire l’usage nocif de l’alcool; on ne peut donc avoir d’un « Plan d’action mondial contre l’alcool. L’OMS n’a pas à déclarer la guerre à l’alcool. Elle n’en a pas le mandat. Elle doit se conformer à l’énoncé de la stratégie adoptée qui vise à contrer l’usage nocif de l’alcool. La version anglaise, en revanche, ne mentionne pas les mots « contre l’alcool ».
  3. L’approche de l’OMS est plus nuancée que dans le passé, notamment au niveau de l’accent mis sur les spécificités régionales, sur la nécessité d’adapter les politiques aux diverses situations objectives, aux différentes cultures et aux modèles fort variés de consommation d’alcool, selon les pays et à l’intérieur d’un même pays.
  4. Les huit principes directeurs du plan doivent être appuyés; il faut y ajouter un neuvième : les politiques et interventions appliquées doivent à priori avoir fait l’objet d’une évaluation scientifique rigoureuse adoptant une vision holistique des effets de la consommation d’alcool en fonction des divers modes de consommation (fréquence, quantité).
  5. L’OMS attribue l’augmentation du taux d’abstinence chez les jeunes à une « meilleure sensibilisation (…) au lien de causalité entre l’alcool et certains types de cancer, d’affections hépatiques ou de maladies cardiovasculaires ». Cette affirmation est sans fondement. Les adolescents sont reconnus pour ne pas se projeter loin dans l’avenir : ils ne cessent pas de boire aujourd’hui par crainte de développer un cancer dans 50 ans. La réalité c’est que la mise en œuvre de campagnes d’éducation et, malheureusement, l’augmentation du temps passé par les jeunes sur les réseaux sociaux, les consoles de jeu et devant divers écrans expliqueraient cette baisse.
  6. Il n’existe aucune panacée, aucun remède miracle qui règle à lui seul tous les problèmes. La prétention selon laquelle SAFER serait la solution absolue, finale, indiscutable et incontestée est simpliste. Il est universellement reconnu que ce n’est que par une constellation de mesures, de divers niveaux, dans lesquelles chaque partie prenante apporte sa contribution, que les progrès sont accomplis.
  7. La réduction des niveaux de consommation d’alcool devrait viser les buveurs excessifs et non les buveurs modérés. Il ne faut pas basculer dans l’approche extrémiste et moralisatrice qui produit un effet pervers auprès des personnes qui consomment de l’alcool sans méfaits importants.
  8. L’étiquetage des boissons ne doit contenir que des éléments factuels : contenu, apport calorique, nombre de verres standard dans le contenant. Les « mises en garde sanitaires » simplistes et sans nuances n’y ont pas leur place. Elles sont totalement inefficaces en termes de modification des comportements. 83% des Québécois sont conscients que la consommation d’alcool accroit les risques de cancer sans qu’il n’en ait jamais été question sur quelque étiquette apposée sur les contenants d’alcool. Il est de loin plus efficace de s’adresser à l’intelligence des gens.
  9. Il est absolument essentiel d’encadrer les règles de la commercialisation et de la promotion de l’alcool; cela doit être fait en concertation avec les acteurs de l’industrie, afin de favoriser leur engagement à s’y conformer et, le cas échéant, imposer des sanctions dépassant l’impact économique que leurs gestes non conformes à la règlementation auront dans la société.
  10. Le plan d’action doit mettre davantage l’accent sur le soutien technique que l’OMS pourrait fournir au niveau des capacités à gérer et réglementer les pratiques marketing en ligne, notamment en développement des outils et stratégies technologiques pour réglementer le marketing sur le web.
  11. Il est essentiel d’effectuer des études sur les coûts et avantages des mesures de réduction des effets nocifs de l’alcool. Mais toute mesure recommandée devrait nécessairement être accompagnée d’une mise en garde sur les effets pervers qui y sont associés.
  12. Il est pertinent de solliciter des fonds provenant de l’industrie pour effectuer des recherches ou mettre en application des politiques qui puissent bénéficier à tous, mais l’octroi des financements doit être rigoureusement encadré par des règles claires de non-ingérence et par l’établissement de garde-fous qui garantissent l’intégrité et la rigueur des résultats.