Les gens ont-ils tendance à boire plus lorsqu’ils sont en vacances, en congé? C’est ce qu’on observe parfois autour de soi. Alors qu’arrive-t-il lorsqu’on est à la retraite? 

Perceptions et contexte social

Au Québec et ailleurs dans le monde, la courbe démographique reflète le vieillissement de la population, alors que l’espérance de vie s’est accrue. Si on vit plus longtemps (et en plus grand nombre), vieillir comporte aussi son lot de défis.  

Face à la retraite, tous n’ont pas les mêmes perspectives et, devant les inégalités sociales qui se creusent sans doute davantage à cet âge, certains éprouveront un sentiment de liberté là où d’autres ressentiront désœuvrement, isolement, anxiété. Par ailleurs, les enjeux de santé se font plus nombreux et la médication, plus présente. 

C’est pourquoi Éduc’alcool incite les aînés et leur entourage à observer de plus près leur consommation d’alcool; prudence et vigilance sont de mise. 

Contrairement aux générations précédentes, les babyboomers québécois ont grandi dans une culture de grande acceptation sociale de la consommation d’alcool. Il ne serait donc pas improbable de voir augmenter, au cours des prochaines années, la proportion d’aînés consommant beaucoup et parfois même trop d’alcool. 

Par ailleurs, les aînés ne constituent pas un groupe homogène. À l’instar de celle de la population en général, la consommation chez les aînés varie en fonction de l’âge, du genre, du statut socioéconomique et d’autres paramètres. 

De meilleures connaissances individuelles permettent de faire de meilleurs choix, de prendre des décisions plus éclairées. La consommation d’alcool n’est pas sans conséquence et elle a des effets réels sur l’organisme. Aussi, si votre nouvelle liberté, ou au contraire la perte de qualité de vie ressentie, vous incite à boire davantage, voici quelques faits à considérer. 

Les effets de l’alcool varient selon notre âge

Avec l’âge, notre corps devient plus sensible aux effets de l’alcool. Pour quelles raisons? 

Le vieillissement s’accompagne inévitablement de changements au niveau des reins, du foie, du système cardiovasculaire et du cerveau. Certains de ces changements rendent moins efficace le processus d’élimination d’alcool, alors que d’autres augmentent la sensibilité aux effets de l’alcool. 

De plus, les personnes âgées ont un taux de gras plus élevé que la moyenne des adultes et une moins grande quantité d’eau dans leur organisme. Ainsi, à quantités égales d’alcool consommées, les personnes âgées obtiennent une alcoolémie plus élevée que ce qui est observé chez les plus jeunes. 

Combinée à d’autres changements physiques liés à l’âge, comme une vision et une ouïe plus faibles, une mobilité réduite et des réflexes plus lents, la consommation d’alcool peut augmenter chez l’aîné les risques de problèmes d’équilibre, de chutes, de blessures et d’accidents de la route. 

Vous trouverez ici plus d’information sur les effets de l’alcool sur le corps humain.

À chacun sa propre vulnérabilité

Si certains événements sociaux peuvent provoquer une consommation abusive d’alcool, des situations de vie particulières aux aînés peuvent aussi entraîner des excès. 

  • La retraite : Certains accueillent la retraite avec grand plaisir, mais pour qui n’a jamais développé d’intérêts ou de réseau à l’extérieur du travail, la retraite devient synonyme de pertes : la routine, les collègues, une activité à accomplir, un salaire, un sentiment d’utilité, etc. Sans le travail, une structure de vie disparaît.
  • Des changements dans les liens sociaux et familiaux : Les enfants quittent la maison, un conjoint ou des amis meurent, le cercle de liens se rétrécit. Les problèmes physiques limitent la mobilité des aînés. Tout cela peut accentuer un sentiment d’isolement et de solitude difficilement tolérable. Contrairement aux plus jeunes qui s’initient souvent à l’alcool avec leurs amis, les aînés boivent parce qu’ils se sentent seuls.
  • Des ennuis de santé : Perdre la santé peut créer du stress, en limitant la mobilité et l’autonomie, et en engendrant une image de soi négative. L’alcool peut alors être utilisé pour oublier la peine associée à cette perte de capacités physiques. Face à la douleur chronique ou à la détresse psychologique, certaines personnes vont se tourner vers l’alcool comme forme d’automédication.

D’autres facteurs peuvent expliquer pourquoi certaines personnes réagissent à certaines circonstances en augmentant leur consommation d’alcool : 

  • boire de l’alcool pour mieux s’adapter à des événements difficiles; 
  • ne pas connaître d’autres stratégies d’adaptation que l’alcool; 
  • ne pas avoir de réseaux sociaux;
  • vivre seul, demeurer isolé; 
  • avoir eu dans le passé une consommation d’alcool problématique. 

Les vulnérabilités à l’alcool sont multiples et spécifiques à chacun. 

Appel à la vigilance

En matière d’alcool chez les aînés, il est important d’y voir collectivement en favorisant une certaine complémentarité des rôles. En effet, la question n’en est plus une uniquement de responsabilité individuelle, mais bien celle d’une conscientisation globale de l’entourage des aînés, soit de la famille, des proches aidants, du personnel de santé, des voisins… 

Oui, bien se connaître et comprendre l’évolution de son propre corps permet d’être sur ses gardes et de choisir la modération. 

Mais la vigilance face aux interactions entre médicaments et alcool est l’affaire de tous; aimer son parent ou veiller sur un aîné, c’est aussi s’informer périodiquement auprès des divers intervenants qui s’occupent de sa santé, infirmières, médecins et pharmaciens.  

Plus la médication est présente, plus le potentiel d’interactions médicamenteuses est grand; lorsqu’il y a consommation d’alcool, les risques se multiplient. 

Au Canada, une personne âgée sur quatre a dix ordonnances ou plus.1 L’alcool (même une petite quantité) interagit de façon négative avec une grande variété de médicaments, notamment ceux pour le cœur, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les somnifères, les anticoagulants, les médicaments pour les allergies, les médicaments pour abaisser le taux de cholestérol et ceux pour prévenir et traiter les crises de convulsions. De plus, de graves problèmes physiques et psychologiques peuvent survenir lorsque l’alcool est combiné à des médicaments pour le rhumatisme, l’arthrite, la douleur, les infections et la dépression. 

Outre le danger d’interaction entre médicaments et alcool, on ne doit pas négliger le stress supplémentaire exercé sur le foie, qui joue un rôle central dans la métabolisation de tous les médicaments et de l’alcool. 

Identifier un problème de consommation, qu’il s’agisse d’une surconsommation intentionnelle ou non, n’est pas chose facile. Les conséquences d’une consommation abusive d’alcool – dégradation de l’état de santé, repli sur soi, pertes de mémoire, dépression, insomnie, chutes, problèmes de digestion, perte d’appétit et angoisses – sont parfois diagnostiquées comme étant celles d’une maladie ou tout simplement du vieillissement. Il est sans doute moins difficile de reconnaître les signes subtils de changement d’état ou de comportement d’un aîné lorsqu’on le côtoie régulièrement. C’est pourquoi la vigilance de chacun est essentielle. 

Par ailleurs, rappelons-nous que la consommation d’alcool chez les personnes âgées est moins visible, alors qu’elles vivent plus en retrait de la société ou ont un réseau social plus restreint. 

Ainsi, à cause de leur plus grande vulnérabilité physiologique et du fait que plusieurs personnes âgées prennent des médicaments sur ordonnance, certaines devraient boire de l’alcool en deçà des limites recommandées à la population en général. 

Qu’on se le dise, la modération a toujours bien meilleur goût, tant pour la jeunesse que pour la sagesse. 

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