Le jeunes boivent de l’alcool avant d’en avoir l’âge : comment les aider à prendre des décisions éclairées pour assurer leur sécurité

Faits sur les jeunes et l’alcool au Québec

Au Québec, comme presque partout au monde, la vente d’alcool est interdite aux mineurs. La loi est sévère entre autres parce que souvent les jeunes boivent trop, aiment prendre des risques et peuvent avoir des problèmes et des accidents causés par la surconsommation.

Malgré cela, les jeunes y sont exposés tôt et partout, entre autres dans les médias, et plusieurs boivent avant d’avoir l’âge légal pour le faire. C’est pourquoi il faut leur en parler.

En faisant la promotion du programme À toi de juger auprès des écoles primaires, on a parfois entendu qu’à cet âge, les enfants sont trop jeunes pour qu’on leur parle d’alcool. Pourtant, les statistiques démontrent que :

  • À neuf ans, un enfant sur quatre a déjà fait l’expérience de l’alcool.
  • Plus des deux tiers des jeunes ont déjà consommé de l’alcool à l’âge de 14 ans.
  • Au Québec, même si l’âge légal pour acheter de l’alcool est 18 ans, les jeunes boivent généralement pour la première fois vers l’âge de 12 ans.
  • Environ 10 à 12 % des jeunes consomment de façon précoce, c’est-à-dire avant l’âge de 12 ans. Ce sont souvent des jeunes qui ont une prédisposition liée à des troubles du comportement (opposition, délinquance…)
  • En 5e secondaire, 82 % des élèves ont consommé de l’alcool.
  • En 2019, 32 % des élèves du secondaire avaient consommé de l’alcool de façon excessive au moins une fois au cours de la dernière année.
  • En 2019, 30 % des élèves de 5e secondaire avaient consommé de l’alcool de façon abusive et répétitive au cours de la dernière année.

Vulnérabilité des jeunes face à l’alcool

La consommation d’alcool peut nuire au développement physique et mental, en particulier lorsque consommé à l’adolescence et au début de l’âge adulte :

  • Consommer beaucoup d’alcool durant cette période risque d’entraver l’équilibre hormonal nécessaire au bon développement des organes, des muscles, des os et du système de reproduction.
  • Maturité du cerveau : l’adolescence est la période où se développent les lobes frontaux du cerveau, là où sont situées les facultés de prise de décisions, planification, stratégie, organisation, concentration et attention. Les capacités d’anticipation du jeune ne sont pas encore pleinement développées, mais les changements hormonaux qu’il vit augmentent le goût de la prise de risque et la quête de sensations fortes. Cette contradiction entre la maturité du cerveau et la puberté peut donc favoriser une surconsommation d’alcool.
  • On ne peut pas affirmer que la consommation d’alcool endommage le cerveau de l’adolescent, bien que des études récentes montrent qu’une consommation avec excès pendant l’adolescence mènent à des changements tangibles sur certaines régions du cerveau, notamment celles impliquées dans la compréhension du langage, les habiletés motrices, ou encore le développement d’habitudes. Cependant, la consommation excessive crée des habitudes qui, à long terme, peuvent mener à la dépendance. Elle peut aussi devenir un facteur de risques dans le développement de maladies chroniques comme les cancers.
  • Les jeunes qui prennent beaucoup d’alcool avant l’âge adulte risquent de développer un problème de consommation de drogues.

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte s’accompagne de nombreux changements physiques et psychologiques. Cette phase en est une de transition et de changements à travers laquelle les jeunes sont en construction active de leur future identité d’adulte.

À l’adolescence, on développe non seulement son indépendance et son autonomie, mais aussi son sens moral (capacité de jugement et bonne conduite).

Risques de blessures, de relations sexuelles non protégées ou non consentantes, délinquance, violence, décrochage scolaire : l’alcool est la substance la plus fréquemment associée à la criminalité et le plus souvent mise en rapport avec la délinquance violente et la violence sexuelle.

Consommer une faible quantité d’alcool à l’occasion ou faire l’essai de cannabis dans une occasion spéciale sont des expériences partagées par plusieurs jeunes dans notre société et cet usage n’entraîne pas ou peu de conséquences négatives. En revanche, la consommation régulière ou excessive d’alcool et de cannabis et la consommation de drogues illicites et de synthèse sont des phénomènes préoccupants et une attention doit être portée aux différents facteurs qui tentent d’expliquer l’adoption de ces comportements.

Les facteurs qui incitent les jeunes à consommer

L’adolescence est une période trouble de grands bouleversements et c’est souvent à ce moment-là qu’un jeune fait ses premières expériences de consommation d’alcool, par curiosité, pour le plaisir, pour essayer quelque chose de nouveau, pour appartenir à un groupe, mais aussi pour oublier des conflits, des problèmes familiaux, une mauvaise estime de soi… Parfois, les ados se laissent entraîner par leurs amis (pression des pairs), ils veulent faire partie de la fête, socialiser ou encore répondre à un état de stress en buvant.

Lorsque la fréquence de consommation augmente, les motifs évoluent. On boit alors pour l’effet ressenti, par désir d’affiliation (quête d’amour et d’identité), pour se donner du courage pour commettre un délit…

On souhaite retarder le plus possible l’âge de la première consommation, mais on peut initier son jeune en famille, lors d’un repas où on boit avec modération et où on vit le plaisir d’être ensemble.

Si le discours des parents sur l’importance de la modération peut avoir un impact sur la consommation des jeunes, c’est surtout vrai quant à leurs comportements et à la relation qu’eux-mêmes entretiennent avec l’alcool. Vous êtes leur premier modèle – même si la plupart d’entre eux ne l’admettront jamais… Attention, donc, à ne pas leur envoyer de messages contradictoires, entre vos paroles et vos gestes. En vous ouvrant à une discussion sur l’alcool avec votre jeune, il faut savoir trouver un équilibre entre la diabolisation de la consommation et une permissivité à outrance.

L’initiation à l’alcool en famille (pour goûter) diffère de celle entre amis qui, elle, se fait souvent à l’insu des parents et de façon moins modérée, pour ressentir les effets de l’ivresse.

L’omniprésence de l’alcool sur nos écrans (à la télé et sur les médias sociaux) comme facteur d’influence est aussi à mettre en perspective avec les heures passées par les jeunes sur des écrans.

La sortie imminente des résultats d’une enquête menée par l’INSPQ mettra d’ailleurs bientôt en lumière les risquent encourus par nos jeunes exposés à des modèles « publics » qui intègrent l’alcool dans différents contextes de vie, dans des cadres de socialisation, de séduction, de gestion de peine ou de déception. On a noté, par exemple, que dans des émissions de télé-réalité comme Occupation Double, Big Brother célébrités et L’amour est dans le pré, il y avait présence d’alcool 9 épisodes sur 10, et pour un même épisode, on a recensé jusqu’à 20 présences d’alcool. Ces comportements répétés, à tout moment de la journée et présentés comme normaux, banalisent l’utilisation de l’alcool et conduisent nos jeunes à intégrer ces comportements dans leurs relations.

La présence d’alcool est aussi notoire sur les réseaux sociaux, où par exemple, on peut visionner des concours commandités par des compagnies d’alcool qui se trouvent à être des défis où on glorifie une consommation excessive.

Les médias ont aussi une responsabilité sociale face à la consommation des jeunes, de même qu’un rôle à jouer dans la prévention et dans la dévalorisation de l’alcool dans certains contextes plutôt que d’en promouvoir la systématisation.

Consommation excessive et santé mentale : quand s’inquiéter?

On parle de plus en plus d’anxiété, de performance et de dépression chez les jeunes. Aussi, avec la pandémie, on a beaucoup parlé de la détresse des jeunes (isolés de leurs amis, coupés de leur routine et de leurs activités sportives, des bals de finissants annulés…)

L’alcool agit comme un dépresseur sur le système nerveux central. Aussi, un jeune qui boit par ennui, pour calmer son stress ou son anxiété, ou parce qu’il veut oublier ses difficultés, risque de mal ou de trop consommer.

Actuellement, beaucoup de jeunes sont médicamentés pour des problèmes de maladie mentale comme l’anxiété, l’hyperactivité, les troubles bipolaires, de conduite, les troubles d’apprentissage, etc. Il faut donc considérer aussi les possibles effets de mélanges ou interactions (drogue ou médicaments + alcool = risques de développer des symptômes de dépression).

On peut parler de consommation excessive lorsqu’il s’agit de 5 consommations d’alcool ou plus chez les garçons (et 4 consommations ou plus chez les filles) dans une même occasion, au moins une fois au cours des 12 derniers mois.

Mais lorsqu’un jeune consomme de façon excessive, et ce, 5 fois ou plus dans la même année, il s’agit alors de consommation abusive et répétitive.

  • La consommation excessive d’alcool est présente dès l’âge de 14 ans chez les garçons et 16 ans chez les deux sexes.
  • En 2019, 32 % des élèves du secondaire avait pris au moins 5 consommations d’alcool au cours d’une même occasion au moins une fois au cours des 12 derniers mois.
  • La consommation excessive crée des habitudes qui, à long terme, peuvent mener à la dépendance, qui est un trouble de santé mentale. Les jeunes qui prennent beaucoup d’alcool avant l’âge adulte risquent de développer un problème de consommation de drogues.
  • Il importe de souligner que 5 % des élèves qui consomment de façon abusive vont développer une problématique liée à la consommation d’alcool dans leur vie.

Entre 2000 et 2019, la proportion des jeunes du secondaire ayant bu de l’alcool au cours des 12 derniers mois a diminué de 71 % à 53 %. Malgré cette tendance à la baisse, il ne faut pas pour autant banaliser l’alcool.

Également, se méfier du mélange alcool et boisson énergisante populaire chez les jeunes : certains jeunes peuvent mélanger alcool et boisson énergisante pour rester éveillés plus longtemps ou pour atténuer le goût déplaisant de l’alcool. C’est une bien mauvaise idée, car sans s’en rendre compte, à cause de l’effet stimulant de ces boissons, ce mélange incite à boire davantage et plus vite.

Pourquoi en parler dans les écoles

Comme l’éducation à la maison en matière d’alcool peut être inégale d’un foyer à l’autre, Éduc’alcool a mis sur pied le programme À toi de juger pour qu’une discussion s’amorce entre eux et des intervenants scolaires ou des enseignants, sur les risques liés à la consommation précoce d’alcool et l’importance de la modération.

Et parce que nos jeunes sont exposés à l’alcool bien avant d’avoir l’âge pour en consommer, il est important de les outiller à un moment charnière de leur développement et de la définition de leur identité. Et il est tout aussi essentiel d’outiller nos enseignants pour qu’ils puissent leur en parler de la bonne façon, au bon moment.

Parce qu’on n’aborde pas le thème de la consommation d’alcool de la même façon à tout âge, le programme est conçu pour les élèves de la 5e année du primaire jusqu’à la 5e année du secondaire.

Par exemple, avec des élèves de la 5e année du primaire, on parlera d’abord de l’influence des autres et de l’affirmation de soi avant de parler de situations où l’alcool serait présent, pour amener le jeune à réfléchir aux différentes façons de réagir face à ces situations.

Les élèves de la 2e secondaire seront plutôt invités à réfléchir aux notions d’autonomie, de dépendance et de sensibilisation, tandis que le programme aborde davantage les aspects biologiques de la consommation d’alcool avec les jeunes de 3e secondaire. En dernière année du secondaire, on invite le jeune à adopter des comportements sécuritaires s’il choisit tout de même de boire, malgré les risques qu’il connait maintenant grâce au programme À toi de juger.

S’il faut demeurer vigilants quant à la grande exposition de nos jeunes à l’alcool, rappelons-nous que la consommation chez les jeunes n’a pas, chez la majorité d’entre eux, d’effets dramatiques. Mais que cette vigilance, essentielle, est l’affaire de tous et pas seulement celle des cellules familiale, scolaire et communautaire.