Ce que révèlent  les plus récentes données de Statistique Canada

Au début du mois de mars, Statistique Canada a publié une nouvelle infographie sur la vente des boissons alcoolisées et du cannabis au Canada pour la période du 1er avril 2024 au 31 mars 2025.

Ces données permettent de dégager un portrait à jour des ventes d’alcool au pays et de mieux situer le Québec dans cet ensemble. Une tendance générale se dégage assez clairement : au Canada comme au Québec, l’alcool s’achète moins qu’avant.

Cela dit, ces chiffres doivent être lus avec nuance. Ils portent sur les ventes, et non sur la consommation comme telle. Ils permettent donc d’observer des tendances d’achat, l’évolution du marché et certains déplacements dans les habitudes, sans résumer à eux seuls l’ensemble des comportements.

Source de l’infographie : Statistique Canada, « Ventes d’alcool et de cannabis au Canada, avril 2024 à mars 2025 », diffusée le 5 mars 2026. Source originale : Statistique Canada

Pour faciliter la lecture, nous proposons ci-dessous une synthèse des principaux constats pour le Canada et le Québec. L’analyse détaillée suit le tableau.

Lire et comprendre les données

Les données présentées dans l’infographie et celles des tableaux détaillés de Statistique Canada ne sont pas toujours formulées exactement de la même manière. Certaines comparaisons avec les années précédentes doivent donc être interprétées avec prudence, et certaines données sont moins directement comparables que d’autres.

Malgré cela, les grandes tendances demeurent parlantes.

Au Canada, les ventes d’alcool poursuivent leur recul

À l’échelle canadienne, les ventes totales d’alcool ont atteint 25,8 milliards de dollars en 2024-2025, ce qui représente une baisse de 1,6 % par rapport à l’année précédente.

En volume, les ventes ont totalisé 2 898 millions de litres, en baisse de 3,0 %. Les ventes d’alcool par habitant ont elles aussi reculé, tant en valeur qu’en volume. En moyenne, la population canadienne a acheté l’équivalent de 8,0 verres standards par semaine, comparativement à 8,7 l’année précédente.

Autrement dit, les données montrent qu’à l’échelle du pays, l’alcool s’achète moins qu’avant, dans une tendance qui semble déjà amorcée depuis plusieurs années.

Au Québec aussi, les volumes baissent

Le Québec suit lui aussi cette tendance observée à l’échelle du Canada.

En 2024-2025, le volume des ventes d’alcool par habitant s’établissait à 7,3 litres, en baisse de 6,4 % par rapport à 2023-2024. Cette diminution s’inscrit dans une tendance plus large : ce volume était de 7,8 litres en 2023-2024, de 8,3 litres en 2022-2023, puis de 8,4 litres en 2021-2022 et en 2020-2021.

Le même mouvement se reflète dans l’équivalent des verres standards achetés par semaine. Au Québec, la moyenne est passée de 9,2 verres à 8,6 verres.

Là aussi, le signal est clair : la population québécoise achète moins d’alcool qu’avant.

Une baisse des volumes, mais une dépense qui reste élevée

Même si les volumes baissent, la dépense par habitant demeure élevée au Québec.

En 2024-2025, les ventes d’alcool y ont atteint en moyenne 870 $ par habitant, ce qui place le Québec au 4e rang des provinces et territoires à ce chapitre, derrière les Territoires du Nord-Ouest, Terre-Neuve-et-Labrador et le Yukon.

Ce constat nuance bien la lecture d’ensemble. Les données montrent à la fois une baisse des volumes achetés et un niveau de dépense par habitant qui reste élevé. Elles permettent d’observer cette situation, sans toutefois en expliquer à elles seules les causes.

Autrement dit, une baisse du volume ne signifie pas automatiquement une baisse proportionnelle de la dépense.

Tous les produits n’évoluent pas au même rythme

Lorsque nous regardons les catégories de boissons, nous constatons que la baisse n’est pas uniforme.

À l’échelle canadienne, la bière, le vin et les spiritueux sont en recul.

  • La bière a enregistré des ventes de 9,1 milliards de dollars, en baisse de 1,6 %, pour un volume total de 1 876 millions de litres en baisse de 3,8 %.
  • Le vin a totalisé 7,7 milliards de dollars de ventes, en baisse de 2,2 %, tandis que son volume poursuit un recul déjà amorcé.
  • Les spiritueux, pour leur part, ont atteint 6,7 milliards de dollars, en baisse de 3,2 %, avec un volume total en recul de 4,4 %.

Les cidres et coolers font exception. Leurs ventes ont augmenté à 2,4 milliards de dollars, soit une hausse de 4,8 %, et leur volume a lui aussi progressé de 2,2 %.

Nous observons également une différence entre les produits canadiens et les produits importés. Les ventes de produits alcoolisés canadiens ont atteint 15,6 milliards de dollars, en légère hausse de 0,9 %. À l’inverse, les produits importés ont reculé à 10,2 milliards de dollars, en baisse de 5,4 %.

Au Québec, ce mouvement se reflète notamment dans une baisse de 4,3 % des ventes de vin importé.

Un éclairage complémentaire : la progression du sans alcool

Les données de Statistique Canada peuvent aussi être mises en perspective avec d’autres analyses de marché. C’est notamment le cas d’un rapport de NielsenIQ de juillet 2024, qui offre un éclairage complémentaire sur l’évolution des boissons sans alcool au Canada.

Il est important de préciser qu’il ne s’agit ni de la même période, ni de la même méthodologie. Ce rapport ne doit donc pas être lu comme une explication directe des chiffres de Statistique Canada, mais plutôt comme un angle additionnel pour mieux comprendre certaines transformations du marché.

Selon NielsenIQ, le marché canadien des bières, vins et spiritueux sans alcool suivi par l’entreprise représente environ 199 M$ dans les canaux hors domicile mesurés, avec une croissance de 24 % sur les 52 dernières semaines observées. Le rapport indique aussi que cette croissance à deux chiffres se maintient depuis deux ans.

Le rapport montre également que toutes les catégories sans alcool progressent, mais pas au même rythme. La bière et le cidre sans alcool demeurent le segment le plus important, tandis que les spiritueux sans alcool affichent la croissance la plus forte, à +67,6 %, devant la bière et le cidre à +23,3 % et le vin à +13,8 %. Les mocktails prêts à boire se démarquent eux aussi, avec des ventes de 11,8 M$ et une croissance de 168 % sur un an.

Le Québec apparaît aussi dans ce portrait. NielsenIQ souligne que Montréal représente à elle seule 13,1 % de la catégorie au Canada, avec 25,2 M$ en ventes, tandis que Québec figure également parmi les cinq principales villes du pays avec 8,8 M$.

Autre nuance intéressante : la progression du sans alcool ne semble pas reposer uniquement sur des personnes qui se tournent exclusivement vers ces produits. NielsenIQ indique que 75 % des acheteur·euse·s de produits sans alcool achètent aussi des boissons alcoolisées. Autrement dit, le sans alcool apparaît ici moins comme un remplacement systématique que comme une option supplémentaire dans un éventail de choix.

Pris ensemble, ces constats ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet direct avec la baisse des ventes d’alcool observée par Statistique Canada. Ils suggèrent toutefois qu’en parallèle du recul de certaines catégories alcoolisées, le marché se diversifie et que les boissons sans alcool prennent une place plus visible dans l’offre et dans les habitudes d’achat.

Et du côté du cannabis?

Même si le cœur de cette analyse concerne l’alcool, l’infographie de Statistique Canada permet aussi de situer les ventes de cannabis dans l’ensemble du portrait.

À l’échelle canadienne, les ventes de cannabis par habitant ont atteint 167 $. Au Québec, elles s’élevaient à 105 $ par habitant, ce qui en fait la province où la dépense par habitant était la plus faible.

Cette donnée ne permet pas, à elle seule, d’expliquer les transformations observées du côté de l’alcool, mais elle fait partie du portrait général des ventes de substances légales au pays.

Ce qu’il faut retenir 

Les plus récentes données de Statistique Canada montrent une tendance générale à la baisse des ventes d’alcool, au Canada comme au Québec.

À l’échelle canadienne, les volumes reculent, les ventes par habitant diminuent et l’équivalent des verres standards achetés par semaine est lui aussi en baisse. Au Québec, le même mouvement est visible : les volumes par habitant diminuent d’année en année, tandis que la dépense par habitant demeure élevée.

En parallèle, le rapport complémentaire de NielsenIQ montre que les boissons sans alcool gagnent du terrain dans le marché canadien, avec une croissance soutenue et des segments en forte progression. Cet éclairage n’explique pas à lui seul l’évolution des ventes d’alcool, mais il aide à mieux comprendre un contexte plus large : celui d’un marché qui se transforme et d’un éventail de choix qui se diversifie.

Lire ces tendances avec nuance nous permet donc de mieux comprendre ce qui change, non seulement dans les volumes vendus, mais aussi dans l’environnement dans lequel les choix se font.

Mieux comprendre pour mieux choisir

Chez Éduc’alcool, nous croyons qu’un accès simple, nuancé et compréhensible à l’information est essentiel. Mettre les données en contexte, expliquer ce qu’elles disent vraiment et aider à mieux lire les tendances fait partie de notre démarche.

Parce que mieux comprendre, c’est aussi mieux choisir.

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Sources :  

https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260305/dq260305b-fra.htm?utm_source=Stakeholder&utm_medium=Email&utm_campaign=%20%20statcan-statcan-csabc-cvbac&utm_content=datarelease

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-627-m/11-627-m2026008-fra.htm?utm_source=Stakeholder&utm_medium=Email&utm_campaign=%20%20statcan-statcan-csabc-cvbac&utm_content=datarelease

https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/cv.action?pid=1010001001