Ce que les données disent réellement

Depuis quelques semaines, les manchettes ont relancé une question souvent débattue quand on parle des jeunes et de l’alcool : la génération Z est-elle réellement plus sobre que les précédentes?

S’appuyant sur les données d’une étude de la firme britannique IWSR (qui a sondé plus de 32 000 personnes dans 19 pays), certains articles de presse ont tranché rapidement : l’idée d’une génération plus sobre serait un mythe. Les jeunes adultes boivent désormais tout autant que leurs aîné·es.

Toutefois, une bonne question mérite mieux qu’une conclusion hâtive. Voyons pourquoi les chiffres réels ne soutiennent pas une réponse aussi catégorique.

Les grands titres à l’épreuve des faits : que dit l’étude d’IWSR?

IWSR est une entreprise légitime et reconnue, spécialisée depuis plus de 50 ans dans l’analyse et l’intelligence de marché pour l’industrie des boissons du monde entier. L’étude en question provient de son sondage semestrial, Bevtrac, et révèle notamment que :

  • 76 % de l’ensemble des adultes sondés ont consommé de l’alcool au cours des six derniers mois.
  • 74 % des adultes de la génération Z ayant l’âge légal de boire ont fait de même.
  • Ce chiffre marque une hausse chez la génération Z par rapport à il y a trois ans (66 % en 2023).

La conclusion rapide serait que la génération Z boit autant que tout le monde; la modération chez les jeunes serait donc un mythe.

Pourquoi cette analyse est incomplète

Un chiffre isolé ne raconte pas toute l’histoire :

  • La prévalence ne dit rien de la quantité : Avoir consommé au moins un verre d’alcool au cours des six derniers mois ne fournit aucune information sur la fréquence, les volumes bus, les épisodes de consommation excessive (ou le nombre de jours d’abstinence).
  • La portée statistique : L’écart de 2 points de pourcentage (74 % contre 76 %) ne permet pas de conclure que la génération Z a le même profil de risque que ses aînés. Sans accès à la marge d’erreur globale du sous-échantillon ou encore aux intervalles de confiance, la rigueur s’impose.
  • Le contexte local : L’étude agrège des données internationales où l’âge légal de consommer varie et où les cultures de consommation sont très différentes. Elle ne reflète pas automatiquement la réalité propre au Québec et au Canada.

Que disent les données canadiennes et québécoises?

Si l’on se tourne vers nos enquêtes nationales et provinciales représentatives, le portrait s’avère plus nuancé et éclairant.

Selon les données de Statistique Canada (2015–2024):

  • La non-consommation est en hausse : La proportion de personnes n’ayant pas consommé d’alcool au cours des 12 derniers mois a progressé à 29 % en 2024 (contre 23 % en 2015).
  • La fréquence de consommation est à la baisse chez les personnes qui boivent et particulièrement les 18–34 ans. La proportion d’adultes ayant déclaré consommer de l’alcool moins d’une fois par mois a augmenté pour passer de 20 % en 2015 à 27 % en 2024.
  • Des risques réels et persistants demeurent : Parmi les buveurs réguliers les plus jeunes, la consommation excessive est toutefois revenue à ses niveaux prépandémiques.

Au Québec, selon l’Institut national de santé publique du Québec :

L’analyse combinée des enquêtes de population et des données de ventes d’alcool révèle que :

  • La consommation d’alcool au Québec a chuté de 13 % entre 2021–22 et 2024–25;
  • Environ 83 % des personnes de 18 à 24 ans ont rapporté avoir consommé de l’alcool au cours de l’année précédente en 2021;
  • Parmi les personnes qui consomment de l’alcool, 30 % ont rapporté des épisodes de consommation excessive, une habitude plus marquée chez les 18–44 ans (entre 34 % et 37 %).

👉 Pour consulter les données de Statistiques Canada, sur les changements relatifs à la consommation d’alcool de 2015 à 2024

👉 Pour consulter les données de l’INSPQ sur l’évolution de la consommation d’alcool chez les jeunes du secondaire


  • La source : S’agit-il d’un sondage d’opinion commercial ou d’une étude de santé publique basée sur un échantillon représentatif?

  • Les indicateurs : Mesure-t-on la simple participation (avoir bu une fois dans l’année), la fréquence et les quantités consommées?

  • La région : Les données décrivent-elles une moyenne mondiale ou la réalité de notre collectivité au Québec?

Poser ces questions permet de sortir des clichés de type « mythe ou réalité » pour mieux comprendre les vrais besoins d’éducation et de prévention en matière de santé de nos jeunes.